Dirigeant de PME devant un labyrinthe symbolisant les défis d’entreprendre au Québec

Entreprendre au Québec : pourquoi les dirigeants de PME sont-ils si préoccupés?

Entreprendre au Québec demeure une ambition pour de nombreux professionnels et dirigeants. Mais pour ceux qui sont déjà à la tête d’une PME, les conditions d’affaires se sont considérablement complexifiées.

Hausse des coûts, fiscalité, réglementation, pénurie de main-d’œuvre et incertitude économique s’additionnent dans les décisions quotidiennes des entrepreneurs.

Un récent sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) permet de mesurer l’ampleur du phénomène : seulement 22 % des dirigeants de PME québécoises interrogés recommanderaient aujourd’hui à quelqu’un de démarrer une entreprise au Québec.

À l’inverse, 51 % ne le recommanderaient pas, tandis que 27 % demeurent indécis. Ces résultats témoignent d’un climat d’affaires marqué par une pression croissante sur les coûts, les liquidités et la capacité des entreprises à planifier à long terme.

Une inquiétude qui dépasse la conjoncture économique

L’incertitude économique constitue la principale raison invoquée par les dirigeants qui ne recommanderaient pas de se lancer en affaires. Elle est citée par 83 % d’entre eux.

Toutefois, leur inquiétude ne repose pas sur un seul facteur. Elle résulte plutôt d’une accumulation de contraintes qui complexifient la gestion quotidienne et réduisent la marge de manœuvre des entreprises :

  • un contexte économique jugé trop incertain : 83 %;
  • la hausse des coûts nécessaires au fonctionnement de l’entreprise : 77 %;
  • le poids des exigences réglementaires gouvernementales : 70 %;
  • le manque de prévisibilité entourant les échanges commerciaux : 67 %;
  • les difficultés liées au recrutement et à la disponibilité de la main-d’œuvre : 58 %;
  • une charge fiscale considérée comme trop élevée : 54 %.

Pris séparément, chacun de ces enjeux peut fragiliser une entreprise. Ensemble, ils compliquent la planification, freinent les investissements et rendent les décisions à long terme plus risquées.

Des coûts qui augmentent, mais une marge de manœuvre limitée

L’augmentation des coûts d’exploitation ne se traduit pas automatiquement par une hausse équivalente des revenus. Les PME doivent composer avec des salaires plus élevés, des coûts de financement importants, des frais d’approvisionnement variables et une demande parfois moins soutenue.

Or, il n’est pas toujours possible de transférer entièrement ces hausses aux clients. Une augmentation trop importante des prix peut nuire à la compétitivité de l’entreprise ou réduire la demande.

Cette pression se répercute directement sur les marges bénéficiaires et les liquidités. Dans ce contexte, la gestion financière ne consiste plus seulement à analyser les résultats passés. Elle doit aussi permettre d’anticiper différents scénarios et de déterminer jusqu’où l’entreprise peut absorber de nouvelles variations.

La lourdeur administrative demeure un frein important

La réglementation représente également une préoccupation majeure. Parmi les dirigeants interrogés, 70 % citent la lourdeur réglementaire comme une raison de ne pas recommander de démarrer une entreprise au Québec.

Les entrepreneurs doivent consacrer du temps et des ressources aux obligations fiscales, aux normes du travail, aux permis, aux déclarations gouvernementales et aux différentes exigences de conformité. Pour une petite organisation disposant de ressources limitées, cette charge peut rapidement détourner l’attention des activités génératrices de revenus.

Les priorités exprimées par les dirigeants de PME reflètent directement ces préoccupations. Parmi les mesures souhaitées, ils mentionnent notamment :

  • alléger les formalités administratives imposées aux entreprises : 51 %;
  • rendre le régime fiscal plus favorable aux petites entreprises : 44 %;
  • mieux soutenir les PME confrontées à la hausse des coûts causée par l’inflation : 25 %;
  • mettre en place des solutions pour atténuer les difficultés de recrutement : 19 %.

Par ailleurs, 94 % des répondants souhaitent que la réglementation provinciale soit revue afin de vérifier qu’elle ne désavantage pas les propriétaires d’entreprise.

Une confiance limitée envers les engagements politiques

À l’approche des élections québécoises de 2026, seulement 15 % des dirigeants interrogés se disent convaincus que les enjeux des PME seront véritablement intégrés aux plateformes des partis politiques.

Pourtant, huit dirigeants sur dix considèrent que les décisions du gouvernement du Québec ont une incidence importante sur le succès de leur entreprise.

Ce décalage entre l’influence reconnue des politiques publiques et le faible niveau de confiance des entrepreneurs contribue au climat d’incertitude. Les dirigeants de PME réclament des mesures concrètes, mais aussi une plus grande prévisibilité sur les plans fiscal, réglementaire et économique.

Que peuvent faire les dirigeants de PME?

Une entreprise ne peut pas éliminer l’incertitude économique ni contrôler les décisions gouvernementales. Elle peut toutefois mieux se préparer à leurs conséquences.

Dans le contexte actuel, certaines actions deviennent particulièrement importantes :

  • surveiller régulièrement les liquidités et le fonds de roulement;
  • établir des prévisions selon plusieurs scénarios;
  • revoir les dépenses et les processus internes;
  • mesurer la rentabilité réelle des différents services ou activités;
  • évaluer les conséquences fiscales avant de prendre une décision structurante;
  • revoir les besoins de financement avant qu’une situation urgente survienne;
  • encadrer les principaux risques juridiques, opérationnels et financiers.

L’objectif n’est pas de prévoir exactement ce qui se produira. Il est de préserver une marge de manœuvre suffisante pour pouvoir réagir sans compromettre la stabilité de l’entreprise.

Transformer l’incertitude en décisions structurées

Les résultats de la FCEI ne signifient pas qu’il est devenu impossible d’entreprendre au Québec. Ils montrent toutefois que le contexte est plus exigeant et que les dirigeants disposent de moins de latitude pour absorber une mauvaise décision ou un imprévu.

Une structure financière solide, une fiscalité réfléchie, des obligations bien encadrées et une compréhension claire des risques deviennent alors des leviers essentiels.

Dans un environnement incertain, les entreprises les mieux préparées ne sont pas nécessairement celles qui connaissent toutes les réponses. Ce sont celles qui disposent des informations, des outils et de l’accompagnement nécessaires pour ajuster leurs décisions au bon moment.

Source : FCEI — Élections 2026 : 51 % des dirigeants de PME ne recommandent pas de démarrer une entreprise au Québec